12 avril 2014

Mourir à trois ans, 1818

Il est plutôt rare que les actes de sépulture mentionnent la cause précise d'un décès. Dans les registres de la paroisse Saint-Barthélémy de Nice on trouve pourtant en 1818 une allusion à un drame.

"Anno Domini millesimo octingentesimo decimo octavo die quintadecima julii obiit submersus Seraphinus Bellon filius Bartholomei ac Magdalenae Peirani aetate duorum annorum cum dimidio et sepultus est in hoc cemeterio.
                                                           Fr. Elzarius Giorgioli
                                                           Cappucinus Curatus"
"L'an du Seigneur 1818, le 15 juillet est mort noyé Serafino Bellon, fils de Bartolomeo et de Madalena Peirani, à l'âge de deux ans et demi et il a été enterré dans le cimetière d'ici."
Les Français, qui avaient annexé le Comté de Nice en 1792, sont repartis en 1814 et dès le mois de juin de cette année-là le curé peut écrire dans le registre "Hic finem habet gallicum sistema describendi mortuos", "ici prend fin le système français d'inscription des morts". L'acte est signé "Frère Elzear Giorgioli, Capucin Curé" ; l'église a en effet été bâtie en 1555 par les Capucins du monastère de Saint-Pons et c'est l'un des moines qui sert de curé à la paroisse.
La chapelle paroissiale de Saint-Barthélémy,
gravure dans Nice and her Neighbours par S. Reynolds Hole, Londres 1881,
Gallica-BnF
Le document ci-dessus attribue deux ans et demi à Serafino Bellon ; en fait il a trois ans et trois mois, puisqu'il est né le 10 avril 1815. Peut-on en déduire que le prêtre a été informé par quelqu'un qui ne savait pas l'âge exact de l'enfant ? Celui-ci est le frère cadet de mon Sosa 40, Bartolomeo Serafino Bellon, qui a vingt ans de plus que lui, étant né en 1794. Bartolomeo Serafino a d'ailleurs été le parrain de son jeune frère, tandis que son épouse, Maria Petronilla Martin, en était la marraine.
La question que pose cet acte est comment l'enfant a-t-il pu se noyer ? Pas dans la mer, qui est beaucoup trop loin ; sûrement pas dans une baignoire, encore moins dans une piscine. La réponse est probablement dans la configuration géographique de Saint-Barthélémy. Cette paroisse, bien qu'appartenant à Nice, n'est pas encore urbaine. Elle est située sur une colline au nord-ouest de la ville et appartient à la campagne ; dans les registres, ses habitants sont souvent qualifiés de contadini, paysans. Cet espace rural est parcouru par des ruisseaux dont les principaux sont le San Bertoumiéu - Saint-Barthélémy en niçois - et le Gourbelloun, qui alimentent des moulins et des cressonnières. Il est bien possible que le bambin se soit noyé dans un de ces cours d'eau.

1 commentaire:

  1. Malheureusement ces accidents arrivent encore fréquemment... Il suffit de quelques centimètres d'eau pour qu'un enfant de cet âge se noie !

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