22 mars 2014

Mourir d'un coup de pied de cheval

On n'a pas attendu les automobiles pour avoir des accidents et, pour mourir, un cheval pouvait très bien faire l'affaire. Un principe était d'ailleurs de ne jamais se placer derrière le sympathique animal pour éviter les coups de sabot. Il arrivait qu'on oubliât cette consigne, comme en témoigne l'acte de sépulture suivant, établi en 1719 à Mèze, au bord de l'étang de Thau en Languedoc, aujourd'hui dans le département de l'Hérault :

"Le 28 du mois de Juin 1719 a été enseveli
dans le cimetière de la paroisse de St-Martin
Jean Mondau valet de Monsieur Deluga
n'ayant reçu que l'extrême onction après
avoir confessé ayant été blessé d'un coup
de pied de cheval dont il mourut âgé
de vingt-huit ans. Ont été présents
? Chambal clerc tonsuré et moi
? Grasset prêtre."
Les prénoms des hommes d'église sont illisibles, étant pris dans le milieu du registre. Semblable accident n'était pas rare : mon arrière-arrière-grand-père en est mort en 1882. Je n'ai pas d'acte à reproduire pour en attester, car le fait m'a été transmis par la tradition familiale.

La victime s'appelle Michel Viguier. C'est un petit-neveu à la quatrième génération de l'ermite Pierre Viguier. Comme son oncle lointain, il est né à Ceyras dans le département de l'Hérault, mais il s'est installé à cinq kilomètres de là, dans le village de Saint-André de Sangonis où il s'est marié en 1877. Les actes d'état-civil le définissent tantôt comme propriétaire, tantôt comme agriculteur. En fait c'est la vigne qui assure la subsistance des paysans dans ce coin du canton de Lodève au nord du département.
Chevaux, peinture à l'huile de Hans Gsell,
Gallica Bnf.

En cette soirée du 23 février 1882, Michel Viguier a fini sa journée. Il est rentré chez lui au numéro 59 de la Route Nationale. Il doit s'occuper de son cheval, mais l'animal lui décoche un coup de sabot. Michel meurt à 20h. On peut supposer qu'il n'est pas mort sur le coup, car la nuit tombe de bonne heure en février et c'est probablement quand il y avait encore un peu de jour qu'il est allé à l'écurie. Pas question d'y apporter une bougie à cause de la paille ! Il a donc dû agoniser pendant deux ou trois heures.
La signature de Michel Viguier
sur son acte de mariage en 1877.
Michel Viguier n'a que trente-deux ans quand il meurt. Il laisse derrière lui deux enfants, Marthe, mon arrière-grand-mère qui a quatre ans et que j'ai connue, et Joseph, qui a deux ans. Sa veuve Marie Césarine, née Auzard, n'a pas encore vingt-cinq ans. De plus elle est enceinte et un troisième enfant, Julie,  naîtra le 17 du mois suivant. Cette petite fille mourra âgée dix-huit mois à Plaissan, où sa mère s'est réfugiée chez un cousin, Jules Estourde, car, en cette fin du XIXème siècle, une femme avec des enfants n'a aucun moyen de survivre seule.
Marie Césarine, la veuve de Michel Viguier,
photographiée à Nice le 23 mai 1935
avec son arrière-petit-fils (mon père!).

4 commentaires:

  1. Bonjour Jean-Michel,
    Les accidents de ce genre ne devaient pas être rares... L'A.A.A grand-père paternel marseillais de mon petit fils est mort de la même façon !
    A croire que les chevaux méridionaux étaient rétifs !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ou que les Méridionaux ne manquaient pas d'audace !

      Supprimer
  2. J'ai eu le même genre de cas en Bretagne, où un AGP de mon épouse est décédé d'un accident avec une charrue.

    RépondreSupprimer
  3. Merci pour cette précision. Les morts accidentelles étaient en effet fréquentes. Malheureusement elles ne sont pas toujours mentionnées comme telles; Je connais celle de Michel Viguier par le bouche à oreille familial.

    RépondreSupprimer

Votre opinion est la bienvenue, d'éventuels compléments d'information aussi.