24 janvier 2014

Mourir pour la Crète

Louis Joseph Roch GIRARDOT voit le jour le mercredi 25 juillet 1883 à Montpellier. Son arrière-grand-père Toussaint a été lieutenant dans l'artillerie de Napoléon. Son père Toussaint Roch, négociant en peintures et papiers peints, est président du conseil des prud'hommes.
Louis Girardot en 1896
lors d'une fête familiale

De profession, Louis est modeleur. Il travaille vraisemblablement avec son frère Hilaire - mon arrière-grand-père - , qui est peintre décorateur, à la réalisation d'ornements en stuc. En 1904, son adresse est 11, Boulevard du Jeu de Paume, Montpellier, Hérault.
L'immeuble où habitait
Louis Girardot à Montpellier
 En 1903 Louis tire au sort un "mauvais numéro" et il doit effectuer son service militaire, dont la durée à cette époque est de trois ans. Le 16 novembre 1904 on le retrouve soldat de 2ème classe au 122ème Régiment d'Infanterie qui est stationné à Montpellier. Son livret militaire donne des précisions sur son physique : il mesure 1,60 m ; ses cheveux et ses sourcils sont châtain foncé ; ses yeux également ; son nez et sa bouche sont moyens ; il a le menton rond et le visage ovale.

Du 23 septembre 1905 au 11 mars 1907, le 122ème RI participe à une expédition en Crète. Cette île jouit d'une certaine autonomie tout en étant sous la suzeraineté de l'empire ottoman. Elle a un gouverneur, qui est le Prince Georges de Grèce. Mais au printemps 1905 les Grecs de l'île fomentent une insurrection contre celui-ci. Pour ramener la paix, les grandes puissances envoient en Crète un corps expéditionnaire international composé de soldats français, anglais et allemands.

Louis Girardot débarque donc en Crète où il va passer deux ans. Deux photographies conservent le souvenir de cette période de sa vie : sur l'une, qui est de 1906, il est allé chez un photographe de la capitale, "Salih Zéki, Place de la Grande Mosquée, La Canée, (Île de Crète)", comme l'indique le verso de la photo ; on rencontre d'ailleurs sur internet d'autres portraits de militaires français exécutés par le même opérateur.
Louis Girardot soldat en Crète
en 1906
 Sur l'autre photo, prise lundi 20 août 1906, on voit un groupe de soldats devant un bâtiment à l'aspect oriental qui arbore le drapeau tricolore. Il est difficile d'identifier Louis sur ce cliché ; nous pensons cependant qu'il est le sixième homme en partant de la gauche.
Soldats français en Crète
le lundi 20 août 1906

 Mais la malchance va frapper : un jour le détachement auquel appartient Louis doit traverser à gué une rivière qui descend de la montagne. Les hommes ont de l'eau jusqu'à la poitrine et ils sont échauffés par la marche qui a précédé. Louis prend froid et contracte un mal de poitrine qui va obliger les autorités militaires à le rapatrier. Le 4 mars 1907, un aide-major du 122ème RI, Adrien Henri, constate que "le soldat Girardot Louis" est atteint d'une "Bronchite suspecte sommet gauche" ainsi que "la nécessité d'un congé de convalescence de trois mois, à passer à Montpellier".
Congé militaire en 1907
 En fait la maladie de Louis est une tuberculose pulmonaire. Le 12 juillet 1907 un médecin major le met en disponibilité. Jeanne, la jeune sœur de Louis née en 1887, se dévoue pour le soigner. Mais elle sera contaminée à son tour et mourra de la tuberculose le 21 septembre 1912 à Menton où leur frère Hilaire s'est établi depuis plusieurs années avec sa famille. Quant à Louis GIRARDOT, il décède le samedi 5 août 1911, à l'âge de 28 ans, à Nice, boulevard Edouard VII dans la propriété Dilly où il résidait à cette époque chez son père Toussaint Roch, installé à Nice lui aussi. Celui-ci, probablement affecté par le décès de son fils, meurt quatre jours après, le 9 août 1911.

Un destin qui donne à réfléchir aujourd'hui où l'armée française est engagée en tant d'endroits incongrus et où tant de jeunes hommes sont appelés à faire le sacrifice de leur vie.

6 commentaires:

  1. Joli récit, mais quelle triste histoire ! Bravo pour ces recherches ;-)

    RépondreSupprimer
  2. Merci ! La tradition familiale m'a fourni une partie des données - ainsi que les documents !

    RépondreSupprimer
  3. Merci Jean-Michel pour ce partage.
    Je ne savais pas qu'on avait envoyé des troupes en Crête.
    Bravo pour ce récit.

    RépondreSupprimer
  4. Merci ! Français, Anglais et Allemands étaient déjà intervenus dans les années 1890.

    RépondreSupprimer
  5. Votre article est très émouvant. Merci pour le partage !

    RépondreSupprimer

Votre opinion est la bienvenue, d'éventuels compléments d'information aussi.