18 janvier 2014

Les mariés étaient en prison

Le registre de la paroisse protestante de Rothau dans le Bas-Rhin présente en 1671 un acte de mariage étonnant, rédigé en français et non en allemand, car Rothau fait partie de l'ancienne seigneurie du Ban de la Roche, qui parlait un dialecte français, le welche :
"Le 14 jour de mars Didier fils de Didier Morré de Vilderspach et Catherine fille de Hainsel Schmid Doyen de Valterspach pour leur paillardise ont été menez de prison en l'Église de Rote pour apres y avoir fait une pénitence publicque estre espousez avec honte pourtant sur leurs testes des bocquets d'estrain. Ils ont donc estez en ce jour là conjoints par mariage." (Archives Départementales du Bas-Rhin, Rothau, BMS, 1638-1675, 3 E 414/1)
Rote est le nom de Rothau en welche. Didier a vingt-trois ans et Catherine en a vingt-et-un. On apprend qu'ils ont été mis en prison "pour leur paillardise". Qu'ont-ils fait au juste ? Ils ne devaient pas être les seuls au XVIIème siècle à anticiper sur la nuit de noces, même chez les protestants. Ont-ils manqué de discrétion ? Ont-ils dépassé les limites communément admises ? On aimerait savoir de quelle manière. Combien de temps sont-ils restés en prison ?

On apprend ensuite qu'on les a menés à l'église - en fait le temple protestant . Quelle a été à ce moment l'attitude des villageois ? Ont-ils subi des quolibets ? À l'église ils ont été astreints à "une pénitence publique" : sans doute des prières et une récitation de formules humiliantes pour eux. Le plus curieux est que pendant la cérémonie ils portaient sur la tête "des bocquets d'estrain", c'est-à-dire des bouquets de paille. Cette coiffure est bien sûr faite pour manifester leur "paillardise".

Il faut noter aussi qu'aucun des deux amants n'est natif de Rothau et qu'ils venaient chacun d'un village différent, Didier de Wildersbach et Catherine de Waldersbach. Où se rencontraient-ils ? On peut supposer qu'ils ont été incarcérés à Rothau parce que c'était le centre administratif de la seigneurie.

Les témoins du mariage - s'il y en avait - ne sont jamais mentionnés dans cette série d'actes. Le nom de Catherine Schmid apparaît parfois avec d'autres actes dans sa traduction française Mareschal. Elle et son époux forcé Didier Morré sont mes ancêtres à la onzième génération.

1 commentaire:

  1. "mis en prison pour leur paillardise", cela donne vraiment envie de connaître ces bons vivants! :)
    "sur leurs testes des bocquets d'estrain". du roseau??? ça n'a pas de fleur ou je me trompe?

    Il y a peut-être moyen d'en savoir plus sur ces familles? Notariat, censiers, etc...

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